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Peur de l'eau ou peur dans l'eau ?


La peur de  l'eau  n'est pas venue seule... elle a une histoire !

La reconnaître, c'est déjà l'apprivoiser. Dès lors, comment faire ?

« Il y a la peur fugace, … la peur dont on joue, … la peur qui devient si forte qu’elle nous donne l’impression qu’on peut en mourir. Il y a celle qui conduit, devant un danger, aux blocages les plus invalidants. … » - Béatrice Copper-Royer, « Peur du loup, peur de tout », Albin Michel, Paris, 2003

Situations rencontrées
(Dans le respect de mes participantes, j'ai utilisé des noms d'emprunt.)


Mme S. (55ans) a appris à nager il y a quelques années. Elle sautait du bord du grand bassin, se déplaçait sur le dos et rejoignait la petite profondeur. Pour des raisons de santé, elle abandonne les activités aquatiques. Quelques années plus tard, elle vient me trouver parce que son médecin lui conseille de faire de la natation pour son dos. Elle a envie de se détendre. Malheureusement, les essais entrepris dans une autre piscine sont infructueux. Elle n’ose plus nager et la peur la tenaille chaque fois que ses pieds quittent le sol. Elle n’arrive pas à comprendre « pourquoi elle arrivait à nager » et ce qui se passe actuellement.

 

Hélène (39 ans) a suivi trois heures de stage pour apprivoiser sa peur de l'eau. À la fin de cette demi-journée, elle se débrouille avec succès : elle met la tête dans l'eau, elle fait la flèche et se déplace sur toute la largeur du bassin ! Contente d'elle-même, elle estime ces trois heures suffisantes pour prendre congé. Elle est décidée à se rendre chaque semaine à la piscine communale.

Quelques mois plus tard, au hasard d'une rencontre, je la croise sur mon chemin. Nous taillons la bavette et la conversation s'oriente vers son envie d'aller à la piscine et les conséquences de son stage passé. Sa peur de l'eau est toujours bien présente !

Il s'avère que les bonnes résolutions de fréquenter la piscine communale se sont consumées comme un feu de paille. Hélène était envahie par ce qu'elle dénommait : « ma peur qui revenait » : crampes d'estomac, sentiment d'étouffer, incertitude de pouvoir mettre en place les acquis du stage, etc.

 

Mais aussi, il y a Yvette (62 ans) qui apprend à nager sur conseil de son médecin. Ce serait intéressant pour sa santé ! Elle a une trentaine de séances derrière elle et elle n'est toujours pas à l'aise ... Elle découvre un article qui parle de mon activité et de mon approche de l'eau. Elle me contacte. Nous nous rencontrons.

« Plaisir de l'eau ? Vous pensez ? » me dit-elle ... « Quand j'ai découvert cet article, c'était à une époque où je voulais apprendre à nager. La notion de plaisir était bien loin de moi. J'étais sceptique : comment pourrait-on me faire découvrir le plaisir de l'eau ? Cette eau qui, pour moi, est source de peur ! Pouvoir faire quelques brasses... me rassurerait quant à la demande de mon médecin.

 

Autre situation : Simone m'explique que sa présence dans le stage est motivée pour faire plaisir à ses enfants et petits-enfants ! Ceux-ci lui ont offert la possibilité d'apprendre à nager ... La raison de lui offrir ce cadeau, elle ne la saisit pas très bien. Voilà plusieurs années qu'elle garde ses petits-enfants et tout à coup, l'une de ses filles lui demande de les accompagner à la piscine le mercredi après-midi ! Ce n'est pas vraiment sa tasse de thé. Elle préfère partager ses goûts pour la cuisine et le bricolage avec eux .

Vu l'insistance de sa famille pour cette activité, elle décide de participer à ce séminaire.

Après un bref entretien, il s'avère que Simone ne sachant pas nager a peur. Ce n'est pas la peur de l'eau. Elle découvre que c'est la peur de "mal faire", une peur d'impuissance : et si en fréquentant la piscine avec ses petits-enfants, l'un d'entre eux fait un malaise du à un faux mouvement ? Et si, pour l'une ou l'autre raison, le petit Victor boit la tasse et se dépatouille pour reprendre son souffle ? Les voilà, les peurs de Bonne-Maman : ne pas être à la hauteur dans un milieu qu'elle en connaît pas ! Dès lors, comment réagir ? 

La natation un must pour la santé !

 

Dominique Duliège, psychomotricien à Lyon nous informe : « Et les médecins qui conseillent trop exclusivement d'aller à la piscine pour détendre des tensions douloureuses gagneront à avoir avec l'eutonie, une autre proposition. La natation est excellente pour ceux qui aiment nager. Mais il faut reconnaître que ce n’est pas la panacée ni pour ceux qui, en toute chose, s’engagent comme des brutes, ni pour ceux qui nagent la brasse sans assurance en relevant la tête pour éviter les vaguelettes de surface. Eux ne vont qu’accentuer leurs raideurs et leurs douleurs. » - Duliège Dominique, « L'eutonie de Gerda Alexander », p.30, Collection Essentialis, Bernet-Danilo, Meschers 2002

 

 La vie sédentaire de la plupart des individus conduit à des déficiences corporelles. Trouver un moyen d'améliorer sa condition physique permet de donner des années à la vie !

L'eau est un élément qui participe à retrouver bien-être et mieux-vivre. Elle se prête très bien à acquérir l'harmonie corporelle :

  • par le fait de l'apesanteur, elle n'impacte pas sur les articulations, elle évacue le stress et les tensions
  • par le fait de la résistance, elle développe la musculature et assouplit les jeux articulaires
  • par le fait de sa fluidité, elle permet des mouvements en souplesse et rend le corps plus léger

Nager, pratiquer l'aquagym ou toute autre activité aquatique a une incidence sur les systèmes circulatoires, respiratoires et lymphatiques.

 

Afin que ces activités engendrent des bénéfices pour le développement corporel, il est bien entendu que l'approche de l'eau se fera avec plaisir, aisance et enthousiasme !

 

Puis il y aussi les activités aquatiques pendant les vacances ... activités qui procurent détente et convivialité ... S'ébattre autour d'une piscine en famille ou entre amis fait partie des loisirs.

 

Et pour les personnes qui ont peur ou qui ne se sentent pas à l'aise ? Pas de piscine alors ?

Parlons un peu de cette peur !

 

Peur ? … Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Que fais-tu ? Et pourquoi t’accroches-tu ?

Que de ravages n’as-tu pas occasionnés !

Cependant, cette peur est aussi une amie. Elle nous protège.


Et pourtant, derrière toute peur, il y a un désir.

Quel est le désir qui se cache ainsi ?

  • Désir de profiter des plaisirs de l’eau,
  • désir de jouer dans la piscine avec ses enfants,
  • désir de faire un sport pour garder la forme,
  • désir de soigner son dos parce que le médecin a dit que la natation, c’était ce qu’il y a de meilleur …
  • désir de ne plus être le sujet de moqueries de son entourage, pendant les vacances ou les jours d’été ?

Pour de nombreuses personnes, l'eau représente un milieu à la fois attirant mais aussi impressionnant.

  • Impressionnant parce que c'est un milieu étranger pour beaucoup et un milieu présentant un certain danger : celui de se noyer.
  • Milieu déroutant pour d'autres parce que les sensations aquatiques sont éloignées des sensations de l'être terrien que nous sommes.
  • Milieu bizarre aussi : comment peut-on flotter et se laisser porter par cet élément liquide qui nous file entre les doigts ?

Il y a ceux qui dévoilent leur peur de l’eau et il y a ceux qui ne disent rien ou qui s’en défendent.

 

Ces craintes sont réelles et c'est la raison pour laquelle le milieu aquatique n'est vraiment agréable que dans la mesure où l'on sait entrer en "contact " avec l'eau et où l'on s'y sent à l'aise.

 

Plutôt que de s’appuyer sur sa peur, il serait plus efficace de s’appuyer sur son désir.

Comment alors conjuguer ces états d'être ?

Que de questions mais aussi que d’origines différentes et que de réponses en perspectives !
Dès lors que l'objectif est précisé, il y a des solutions et des réponses à cette problématique.

Manifestations de la peur

 

Différentes manifestations éclairent l’observateur averti.

Outre les manifestations verbales, telles que :

  • peur de se noyer,
  • peur de couler,
  • peur d’étouffer,
  • peur de boire la tasse
  • et j'en passe,...

il peut déceler, grâce au langage corporel du nageur ou de la nageuse, que son attitude consciente ou non est révélatrice d’un mal-être dans le milieu aquatique par des manifestations physiques qui dénotent une certaine crainte de l'eau :

  • position du corps pendant la nage de la brasse notamment
  • accélération du pouls
  • palpitations
  • boire la tasse
  • crispations sur la planche ou sur le flotteur
  • changement de la couleur de la peau, pâleur excessive
  • etc...

 

Il y a aussi les comportements d'évitement ou les prétextes pour ne pas entrer dans l'eau.

  • éviter de mettre la tête sous l'eau
  • s'interdire d'approcher la bouche de l'eau
  • se débattre pour revenir les pieds sur terre alors qu'ils touchent déjà le sol
  • se raidir pour éviter de s'allonger ou de se rapprocher de l'eau

Tous ces indicateurs mettent le doigt sur une angoisse ou parfois même sur une phobie de l'eau.

Se libérer de la peur de l'eau !

 

Pour vaincre cette situation dérangeante et dévalorisante, il est nécessaire de mettre en place des éléments de changement. Et ce n'est pas toujours quelqu'un de proche qui trouvera la solution. Rien de tel que de choisir une personne neutre dont les compétences en la matière ont fait leurs preuves.

 

La technique ne suffit pas. Au-delà du fait de connaître la technique, il y a aussi ce que l'eau et le milieu aquatique réveillent du passé ou du vécu antérieur !

 

Comprendre ce qui se passe, apprendre des exercices adaptés à chaque situation, reconnaître les signes de réussite sont autant d'éléments qui abaissent les facteurs stressants, éloignent la peur et la transforment en plaisir de l'eau !

 

En modifiant un comportement inadéquat, en faisant découvrir l'eau autrement que par la nage, en prenant conscience de la place du corps dans l'eau on démontera les mécanismes de peur par le jeu et par des exercices adéquats et adaptés à chacun.

 

Car la peur de l’eau n’est pas venue toute seule. Elle a une histoire, son histoire. Et c’est là qu’il est possible d’intervenir.

 

« Lorsqu'un individu est confronté à une situation qui le fait souffrir, comment peut-il rétablir un état satisfaisant ? ... Nous avons affaire à un système à objectif défini... et nous préconisons donc de :

a) préciser le problème

b) définir l'objectif

c) envisager les moyens permettant de rétablir des conditions de fonctionnement satisfaisantes en mettant un terme aux efforts désespérés et vains utilisés jusque-là » - d'après Wittezaele J.J., Garcia T., « A la recherche de Palo Alto », La couleur des idées, Seuil, Paris, 1992

 

L'objectif recherché n'est pas d'acquérir une technique de nage employée de façon mécanique, mais de proposer en un premier temps un choix d'exercices proprioceptifs qui permettront d'améliorer la relation à l'eau. Elles découvriront alors une qualité de vie qui les aidera sur différents plans :

  • trouver ou retrouver une souplesse oubliée,
  • acquérir dans un certain confort la tonification nécessaire pour le maintien des articulations en équilibre avec les lois de la physique,
  • s'épanouir dans une activité physique bienfaitrice pour le corps et l'esprit...

En conclusion

 

L'eau est une amie. Bien utilisée, elle peut améliorer la qualité de notre vie.

  • Relaxation et bien-être pour tout un chacun
  • Souplesse et perception d'un corps en changement par la gymnastique prénatale
  • Possibilités thérapeutiques pour les accidentés et personnes porteuses de handicap
  • Variétés de mouvements agréables mais difficiles à effectuer sur terre pour les seniors
  • Tonification et musculation
  • Assouplissement musculaire et légèreté

Et comme le dit le Dr Winter : « Une activité aquatique permet non seulement d'ajouter des années à la vie, mais aussi de rendre de la vie aux années. »

 

Ch. Istace-Mélot

 

 

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