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J'ai découvert l'Eutonie lors d'un stage...

L'Eutonie, (du grec, «EU» = bien, juste, harmonieux et «Tonos» = tension, tonus), qu'est-ce au juste ? Que m'a-t-elle apporté ? Les mots, bien souvent invitent à la représentation mentale. Le vécu, par contre, me renvoie à moi-même, à ma perception et à mes sensations... pas question de les manipuler ! Elles sont bien là. Je les accueille, je laisse venir, je relâche, je me détends. Je fais ce que je peux..., pas ce que je veux ! Je me délecte ! Ma participation à un stage m'a convaincue...

Où suis-je ?

Les tapis sont sur le sol et les participants sont sur le tapis. … J’entre intriguée ! Benoît m’accueille de sa voix grave et avec un sourire bienveillant. Il m’invite à choisir un tapis et à m’y asseoir.

La leçon commence par un petit test pour voir où l’on en est dans la prise de conscience du corps. Quelle est la mobilité qui m’habite ? Comment perçois-je mes muscles, mes os ? Cela semble facile et pourtant, la lecture de mon propre corps me fait découvrir que ça coince à plus d’un endroit. Ensuite, chacun est invité à prendre marqueurs, crayons de couleur et papier et se dessine. En hachuré : les parties du corps dans lesquelles je me sens bien; des cercles pour les  endroits plus douloureux. Le dessin peut me représenter recto-verso. J’annote les objectifs que je m’étais fixés en m’inscrivant à ce stage.


Nous sommes tous débutants. C’est le premier stage auquel nous participons. Nous avons bien entendu parler de l'Eutonie… mais entre les mots et le vécu, il y a un gouffre … Benoît nous conte ses origines : sa créatrice Gerda Alexander, sa vie, sa découverte, ses fondements... etc.

Gerda Alexander

Rythmicienne Jaque-Dalcroze, Gerda Alexander découvre les danses expressives qui se veulent être des « mouvements naturels ». Cependant, son sens aigu de l’observation lui révèle que les élèves reflètent davantage l’école dont ils sont issus que leur propre personnalité à travers le mouvement effectué.
Deux personnes vont capter son attention et orienter ses projets professionnels :

  • le jongleur Rastelli lui ouvre les voies du « mouvement spontané » et la maîtrise du corps simplement en laissant rouler une balle de tennis sur son bras et en l’arrêtant spontanément sans intervention extérieure. Gerda Alexander s’entraînera à comprendre ce qui se passe en cet instant précis. Que fait le jongleur ? Comment arrête-t-il la balle ?  
  • Anna Herremans qui relate, lors d’une conférence, que les montagnards des Indes lourdement chargés profitent d’un moment de répit pour s’allonger quelques 10’ sur le sol et repartent ensuite frais et dispos.
  • Rentrée chez elle, Gerda Alexander se couche sur le sol, tente de se relâcher et perçoit alors son corps comme elle ne l’avait jamais perçu auparavant…

Aux alentours de ses 24 ans, (née en 1908) elle apprend qu’elle est atteinte d’une maladie qui écourtera sa vie. Elle décide alors de prolonger ce sursis en vivant le mieux possible, c’est-à-dire en économisant ses réserves naturelles. Cette menace l’amène à voir la vie autrement et surtout à penser sa façon de vivre autrement.
Elle découvre alors les mouvements légers, faciles et aisés des bras; elle s’inspire du jongleur pour utiliser les balles de tennis puis d’autres petits objets pour obtenir le relâchement souhaité. Elle n’a pas guéri son rhumatisme articulaire aigu avec endocardite, mais elle le gérera pendant plus de 86 ans !… (✝1994).

Et si l'eutonie c'était ré-apprivoiser son corps ?

L’eutonie répond aux tensions par un chemin qu’elle propose mais que je serai la seule à découvrir et à vivre. Si j’accepte ce « senti » et ce « ressenti », si je laisse « venir », je peux lâcher à un moment ou l’autre. Vivre le moment présent …Être !

Et puis, il y a le jeu … jouer avec ma jambe, sentir mon pied, le laisser explorer l’espace, jouer avec lui pour le sentir vivre… être heureuse d’habiter mon corps… il a la faculté de s’auto-équilibrer si je lui en donne l’occasion… je sens comment je dépose…


Il y a les tensions que je crée dans mon corps parfois et bien souvent à mon insu : tensions mécaniques, tensions fonctionnelles, tensions psychologiques…

 

Il n’y a pas une seule façon de faire … Le professeur en eutonie donne des pistes … à explorer à son rythme et selon ses capacités et autres motivations. Chaque expérience est unique et chaque participant est unique également. Ce qui est important, c’est d’arriver à se relâcher, à gérer ses tensions, à accueillir la souffrance et à découvrir comment elle fonctionne, à mieux gérer toutes ces découvertes et ce qui en découle.
Se référer à soi, non aux autres ! Il n’y a pas de spectacle à présenter. Chaque situation est différente et les mots pour le dire n’ont pas la même résonance chez l’un ou chez l’autre, il ne sont que des mots, ils ne sont pas l’expérience. La relation à soi-même, aux autres aux objets change. Cela prend du temps… qui en vaut la peine !

En conclusion...

Or, nous vivons dans un monde où le résultat prévaut sur toute chose ! Avec l'eutonie, faire plus de la même chose revient à dire que « plus je veux, moins je peux »

 

Participer à un stage, c’est vivre un « exercice », c’est découvrir en quelques jours de nouvelles façons d’utiliser mon corps et de lui rendre mobilité et souplesse. C’est aussi accueillir mes tensions pour mieux les gérer. C'est parfois difficile ou décourageant ... C’est donner libre court à ma créativité dans le mouvement, dans l’étirement, dans le bâillement, dans le toucher puis dans toutes les activités au quotidien.

Plus je veux, moins je peux, voilà le leitmotiv du stage… C’est déconcertant : j’ai toujours entendu « c’est à force de volonté que tu arriveras… si tu veux, tu peux… on arrive à tout avec de la volonté… etc. Cependant, le vouloir est une voie étroite qui se fixe sur l’objectif à atteindre alors qu’il y a une quantité de possibilités par voies détournées pour l’obtenir. Les enfants savent y faire ! Observez-les …

 

Finalement, l'effet de surprise passé, j'ai pris plaisir à découvrir l'eutonie. La formule du stage me convient bien : je laisse le quotidien et ses "méhins" à la maison, je découvre un endroit agréable, je n'ai aucun souci d'intendance, je me laisse vivre ! Je prends alors le temps de m'occuper de moi et de mon corps ... toujours en désaccord lorsque je suis prise dans le brouhaha de la vie !

 

4 jours se terminent... je me sens bien, détendue. J'ai fait le plein d'énergie et je garde cette agréable impression d'un corps nouveau accompagné d'un élan enthousiaste pour retrouver le quotidien.

I.D.

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